TITANS #18, 2015

TITANS #18, 2015

Distributeur
Yann BAGOT
Prix normal
€500,00
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€500,00
Prix normal
Épuisé
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Taxes incluses.

encre de chine sur papier,
21,7 x 29,7 cm

Ces peintures sont les fruits de protocoles de dessin expérimental, réalisés au coeur du littoral marin, en Bretagne. Sur la grève, je peins à l’encre de Chine et plonge mes supports immédiatement dans l’eau de mer. À la sortie de ces bains rapides et froids, des fantômes d’encre se sont instantanément figés sur le papier, empreinte de la dilution de l’encre avec l’eau de mer et la pluie vagabonde. Le flux marin, les pluies et mes propres mouvements sont les forces motrices de la série Titans. Formés lors de plusieurs séances de travail successives, jour après jour, ces dessins sculptent un panorama de masses glaciaires nourri des forces naturelles aquatiques.

Au cœur de ma démarche, une série de processus précis, expérimentaux, vise à enregistrer les traces de l’aléatoire naturel avec le plus de liberté et de singularité possible. L’eau ici est à la fois sujet et médium. Par son action instantanée sur l’encre, l’eau de mer agit comme un bain révélateur, interrogeant ici les frontières entre le dessin, la peinture et la photographie, ouvrant sans cesse de nouvelles possibilités plastiques où sujet, processus et milieu naturel semblent se forger l’un l’autre.

En réalisant cette série sur le rivage, je me suis interrogé sur les rythmes d’existence qui meuvent les icebergs, les glaciers, les banquises. Quelles sont ces eaux dures comme des roches, millénaires, condamnées à errer, fondre et disparaitre sous l’effet du réchauffement climatique? Que est le lien qui me relie à ces géants fragiles, moi qui n’en ai jamais fait l’expérience physique? J’ai été fasciné par l’immensité de ces glaces lointaines, la stratification sculpturale qui les constitue, les âges reculés qui les ont vu naître, l’extraordinaire plasticité de leurs propriétés physiques ; effrayé par l’accélération du rythme de leur disparition, leur fragilité paradoxale et inattendue, en spectateur immobile de cartes où l’on voit les pôles fondre irréversiblement. Alors que nous avançons au coeur de l’anthropocène, cet âge où la responsabilité de l’homme sur l’écosytème mondial ne fait plus de doute, le panorama glaciaire que forment les Titans nous confronte simultanément à notre imaginaire de l’eau, individuellement et collectivement, ainsi qu’à l’actualité alarmante des territoires naturels.

Constituant un horizon aquatique, aléatoire, sculptural et accidenté libérant les formes glaciaires et les forces qui les animent, les cadrage frontaux de ces Titans imposent au spectateur de faire face à notre patrimoine collectif et aux conséquences du réchauffement climatique, cet événement majeur, hors de contrôle, dont l’accélération rattrape nos existences.